La véritable révolution est celle de la 5G autonome, encore naissante en France, qui repose sur une architecture entièrement repensée. En s’appuyant sur un cœur réseau dédié, elle permet d’exploiter pleinement les promesses de la 5G : latence minimale, fiabilité accrue et nouveaux usages industriels. Elle constitue aussi le socle de la prochaine étape, celle de la 6G, où connectivité, intelligence artificielle et données convergeront au sein de réseaux auto-adaptatifs.
5G : un déploiement progressif, une rupture annoncée
Selon l’observatoire de l’ANFR, la France comptait plus de 52 000 sites 5G autorisés et 45 000 sites opérationnels au 1er octobre 2025.
Si l’obligation de déploiement fixée par l’Arcep sur la bande 3,4–3,8 GHz (5G autonome) est loin d’être atteinte – objectif de 10 500 sites par opérateur pour fin 2025 —, les grandes agglomérations et zones à forte densité d’usage sont désormais bien couvertes. Mais que recouvre réellement le terme 5G ? Derrière les chiffres se cache une distinction essentielle entre la 5G “non autonome” (NSA) et la 5G “autonome” (SA). La première s’appuie encore sur le réseau 4G, qui offre surtout une amélioration du débit. La seconde repose sur un cœur réseau dédié et ouvre la voie à une nouvelle génération d’usages.
Le passage à la 5G autonome constitue une étape stratégique et un préalable nécessaire à l’exploitation complète du standard. Il permet :
- des performances accrues, avec une latence inférieure à 10 ms et une connectivité massive d’objets (jusqu’à 1 million/km²) ;
- le network slicing, qui crée des réseaux virtuels adaptés à chaque usages (industrie, logistique, santé, énergie) ;
- le traitement des données au plus près des usages grâce à l’edge computing ;
- un renforcement de la sécurité et de la souveraineté pour les projets critiques.
Cette évolution marque un tournant technologique majeur, représentant autant d’opportunités que de défis pour les entreprises.
5G autonome : entre promesses technologiques et complexité opérationnelle
Pour les DSI, la 5G autonome marque une nouvelle étape dans la transformation numérique des infrastructures. Elle permet de déployer des usages avancés tels que l’automatisation en temps réel, la maintenance prédictive, les jumeaux numériques ou l’orchestration intelligente des ressources cloud. Mais surtout, elle transforme la connectivité en un système de pilotage intelligent des réseaux et des usages, véritable socle de l’entreprise connectée.
Pour réussir cette transformation, les défis sont multiples :
- Sur le plan technique, la 5G SA repose sur un réseau 100 % virtualisé, indépendant des infrastructures physiques et capable d’ajuster dynamiquement la qualité de service selon les besoins (network slicing). Elle requiert une montée en compétences en cloud, orchestration et edge computing, afin de rapprocher le traitement des données des points d’usage.
- Sur le plan de l’infrastructure, la migration impose l’adaptation des équipements, la compatibilité des terminaux et la modernisation des systèmes de supervision et de sécurité.
- Sur le plan organisationnel, elle renforce la collaboration entre DSI, directions métiers et production pour identifier les cas d’usage à fort impact, notamment dans l’IoT, la logistique et la maintenance connectée.
- Sur le plan de la gouvernance, la 5G autonome introduit une complexité nouvelle. La multiplication des flux et des couches réseau impose une supervision plus fine, une maîtrise accrue de la cybersécurité et une gestion rigoureuse de la conformité. Les DSI doivent aussi intégrer la question de la souveraineté des données et définir des politiques claires de segmentation et de priorisation des services.
Une fois ces fondations posées, une troisième étape se dessine avec la 5G privée ou industrielle. Déployée sur des sites spécifiques — ports, hôpitaux, usines, campus —, elle permet aux entreprises de disposer de réseaux dédiés, maîtrisés de bout en bout, garantissant un haut niveau de sécurité, de fiabilité et de performance.
Initiée en 2024, la 5G autonome devrait se généraliser d’ici 2026-2027, avant de préparer le terrain à la 6G.
De la 5G à la 6G : vers des réseaux autonomes et cognitifs
Pour les DSI et directions innovation, la 6G s’inscrit dans la continuité directe de la 5G autonome. Là où la 5G SA pose les bases techniques et organisationnelles — virtualisation, orchestration, edge computing —, la 6G vient intégrer et automatiser ces briques grâce à l’intelligence artificielle et aux réseaux auto-gérés. En somme, la 5G autonome constitue le socle d’apprentissage, tandis que la 6G en représente le stade de maturité.
Parmi les bénéfices attendus :
- des débits pouvant atteindre 1 Tbit/s et une latence réduite à la microsecondes ;
- une communication inter-systèmes (satellites, drones, IoT spatial) assurant une couverture mondiale continue ;
- des réseaux intelligents capables d’optimiser en temps réel la bande passante, la sécurité et la consommation énergitique ;
- une conception plus sobre et durable, intégrant efficacité énergétique et recyclabilité des infrastructures.
Concrètement, la 6G – dont le déploiement est prévu pour 2030 – fera entrer les usages dans une dimension intelligente et immersive. Les communications deviendront sensorielles, les jumeaux numériques interactifs et dynamiques, et l’industrie 5.0 s’appuiera sur une orchestration autonome des robots, capteurs et systèmes de production. Les véhicules et drones coopéreront en réseau, tandis que les environnements bâtis deviendront auto-adaptatifs, capables de gérer énergie, sécurité et données de manière prédictive.
Pour réussir cette transition, de nouvelles compétences devront s’ajouter à celles déjà mobilisées pour la 5G autonome. Les DSI auront déjà consolidé leur maîtrise des architectures virtualisées, du cloud et du edge computing, en complément de leurs expertises en cybersécurité et en gouvernance de la donnée. Avec la 6G s’imposeront des savoir-faire en intelligence artificielle embarquée pour l’optimisation des réseaux, en systèmes immersifs pour les usages XR et jumeaux numériques, ainsi qu’en ingénierie éco-énergétique.
Cette hybridation des expertises techniques, data et métiers constitue dès aujourd’hui un enjeu stratégique pour préparer la prochaine génération de connectivité.
Pour les DSI, l’enjeu de la 5G-6G dépasse la performance technique : il s’agit d’intégrer ces réseaux dans la stratégie globale de l’entreprise. La 5G autonome amorce une transformation structurelle, où cloud, edge et data convergent pour offrir agilité et réactivité. Cette évolution repositionne la DSI comme moteur d’innovation et de souveraineté numérique. En investissant dès aujourd’hui dans les architectures, les compétences et la gouvernance adaptées, les entreprises prépareront une transition fluide vers la 6G — non comme une rupture, mais comme la continuité logique d’une transformation déjà engagée.




