Le rapport de l’Assemblée Nationale de mars 2023 appelle à une programmation de long terme et à des investissements massifs dans le nucléaire, les énergies renouvelables et les infrastructures. Cette transition repose aussi sur l’activation de leviers numériques puissants : IT, data, IoT et jumeaux numériques deviennent indispensables pour piloter les réseaux, optimiser la consommation et accélérer la transformation du système énergétique.
Alors que l’objectif des Accords de Paris — de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle — semble de plus en plus difficile à atteindre, l’Europe est confrontée à des enjeux forts en termes de politique énergétique.
Dans un contexte de réchauffement climatique, de tensions géopolitiques croissantes et d’investissements massifs dans les énergies renouvelables réalisés par les grandes puissances mondiales, l’indépendance énergétique de l’Europe — notamment vis-à-vis du marché chinois — représente un défi majeur. Ces problématiques énergétiques sont particulièrement présentes en France ; le pays faisant les frais de plusieurs décennies de choix peu cohérents et d’absence de stratégie énergétique claire. Aujourd’hui, l’heure n’est plus au choix mais à la nécessité. La France doit évoluer vers un modèle décarboné et définir une vision claire de sa politique énergétique à moyen-long terme afin de reconquérir sa souveraineté énergétique. L’IT et le digital font partie des leviers à activer pour accompagner la transition énergétique de la France.
Le mix énergétique français : un héritage complexe face aux défis du secteur
Confrontée à des choix stratégiques cruciaux pour son avenir, la France se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire énergétique. Comme le souligne le rapport de la Commission d’enquête de l’Assemblée Nationale publié en mars 2023, l’héritage des politiques passées a façonné un paysage énergétique particulier, qui présente à la fois des atouts et des vulnérabilités. Le pays dispose d’un mix électrique largement décarboné grâce à un parc nucléaire représentant près de 70 % de sa production d’électricité, un choix historique initié dans les années 1970 en réponse aux chocs pétroliers. Ce parc constitue un avantage industriel majeur, permettant une relative indépendance énergétique et des prix compétitifs.
Toutefois, cette prépondérance du nucléaire a considérablement freiné le développement des énergies renouvelables, secteur où la France accuse un retard significatif par rapport à ses voisins européens — comme l’Allemagne, qui a massivement déployé l’éolien et le solaire. Les infrastructures énergétiques françaises font face à un vieillissement préoccupant : le parc nucléaire nécessite d’importants travaux de maintenance et de modernisation pour prolonger sa durée de vie au-delà des 40 ans initialement prévus. Cette problématique a été particulièrement visible lors de la crise énergétique de 2022, avec un nombre record de réacteurs simultanément à l’arrêt. Parallèlement, les réseaux de transport et de distribution d’électricité requièrent des investissements considérables — estimés à plusieurs dizaines de milliards d’euros par RTE — pour s’adapter aux nouvelles formes de production décentralisée.
Malgré une production électrique largement décarbonée, la France reste fortement dépendante des énergies fossiles importées pour ses besoins globaux, notamment dans les secteurs des transports, de l’industrie et du bâtiment. Cette dépendance expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux et aux risques géopolitiques, comme l’a démontré la crise liée au conflit russo-ukrainien. La gouvernance du secteur énergétique français, complexe, se caractérise par une multiplication des acteurs institutionnels et une stratification des dispositifs réglementaires, conduisant parfois à des incohérences dans les politiques menées. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) a également souffert de révisions successives et de calendriers souvent incompatibles avec la temporalité longue des investissements énergétiques.
Face à ces défis multiples, la France doit désormais investir simultanément dans plusieurs filières énergétiques pour assurer sa sécurité d’approvisionnement tout en respectant ses engagements climatiques. Des ressources financières et industrielles conséquentes sont indispensables pour relever ces défis.
Les enjeux stratégiques du secteur énergétique : entre programmation de long terme et reconquête de la souveraineté
Face aux vulnérabilités identifiées, le rapport de l’Assemblée Nationale préconise une double ambition : relancer une stratégie énergétique nationale sur 30 ans et reconquérir sa souveraineté. La commission appelle à l’élaboration d’une loi de programmation énergie-climat sur trois décennies, adossée à des objectifs scientifiques, industriels et climatiques clairement définis, et qui dépasse les clivages politiques traditionnels.
Cette approche distingue la notion d’indépendance énergétique, synonyme d’autonomie complète de production et considérée comme inatteignable, de celle de souveraineté, définie comme la capacité à faire ses propres choix énergétiques et à sécuriser ses vulnérabilités.
Pour concrétiser cette vision, le rapport propose 6 chantiers opérationnels déclinés en 30 propositions concrètes. Il s’agit prioritairement de redéfinir une stratégie énergétique nationale claire, intégrant simultanément les objectifs climatiques, la sécurité d’approvisionnement et la compétitivité économique du pays. Le deuxième axe vise à accélérer significativement le développement des énergies renouvelables à travers la simplification des procédures administratives, le renforcement des incitations financières et l’amélioration de la planification territoriale. Parallèlement, la modernisation et la prolongation du parc nucléaire existant constituent un impératif, nécessitant d’importants investissements dans la maintenance des centrales actuelles tout en préparant le développement de nouveaux réacteurs. Le quatrième chantier concerne le renforcement de la gouvernance énergétique par une clarification des rôles institutionnels et l’instauration d’une coordination plus efficace et transparente. Le développement d’une filière industrielle énergétique compétitive représente le cinquième objectif, impliquant un soutien accru à la recherche et à l’innovation, la formation des compétences nécessaires et l’émergence de champions industriels dans le secteur.
Enfin, le rapport souligne l’importance cruciale d’impliquer activement les citoyens et les territoires dans la transition énergétique. Objectif : favoriser la participation des collectivités locales et des citoyens dans les projets énergétiques, pour faciliter leur adoption et adapter les solutions aux spécificités locales.
Des acteurs mobilisés pour transformer la stratégie en chantiers opérationnels
Face aux enjeux identifiés pour atteindre les objectifs stratégiques de souveraineté, les principaux acteurs du secteur se mettent en mouvement. EDF a ainsi publié son rapport Impact 2024, dans lequel le groupe explique comment les objectifs globaux de transition énergétique se traduisent de manière opérationnelle.
Pour EDF, la mise en œuvre concrète de la transition énergétique s’articule autour de plusieurs chantiers opérationnels majeurs. La relance du nucléaire constitue un axe principal, avec l’engagement d’EDF dans la construction de nouveaux réacteurs EPR2 et le développement de petits réacteurs modulaires (SMR). Cette démarche s’accompagne d’une accélération dans le déploiement des énergies renouvelables, qui contribuent à une production électrique décarbonée à hauteur de 93 % en 2023. EDF a alloué 18,2 milliards d’euros aux technologies bas carbone, représentant 95% de ses investissements totaux. La trajectoire de décarbonation s’articule autour d’objectifs précis : réduction de 60 % des émissions en 2025 par rapport à 2017, de 70 % en 2030, de 80 % en 2035, avec une sortie du charbon programmée d’ici 2030 et un objectif zéro émission nette en 2050. Le déploiement de solutions de sobriété et d’effacement se concrétise par des offres comme « Zen Flex » et la tarification « Tempo », mobilisant un million de clients pour des actions d’effacement lors des périodes de tension sur le réseau. EDF se positionne comme accompagnateur de la transition énergétique de ses clients, permettant d’éviter 12,4 millions de tonnes de CO2 en 2023 via ses produits et services, tout en soutenant le déploiement des pompes à chaleur et de la mobilité électrique. La stratégie intègre la préservation de la biodiversité, notamment à travers la restauration d’espaces naturels et le recyclage des pales d’éoliennes. Le volet social et territorial a également été pensé pour accompagner cette transition. Il se traduit par 332 000 emplois soutenus en France, 22,7 % des achats réalisés auprès de PME françaises, et des programmes d’insertion professionnelle et de lutte contre la précarité énergétique.
Quand l’IT et le digital deviennent des leviers de transition énergétique
L’IT et le digital constituent des leviers opérationnels majeurs de la stratégie de transformation énergétique d’EDF. Le rapport Impact 2024 met en lumière une série de chantiers technologiques intégrés à la trajectoire de transition. Premier axe : le pilotage intelligent de la consommation via des solutions de sobriété et d’effacement. Des offres comme « Zen Flex » ou « Tempo » s’appuient sur l’analyse de données en temps réel pour ajuster la demande et accompagner les usages. Deuxième pilier : la modernisation des infrastructures par les smart grids et l’IoT. Avec plus de 42 millions de compteurs Linky déployés, EDF accélère le développement de réseaux électriques adaptatifs, capables de gérer l’intermittence des énergies renouvelables grâce à des outils IT avancés. Troisième chantier : le partenariat stratégique avec La Poste, axé sur la rénovation énergétique, la performance mesurable et le pilotage numérique des équipements. Enfin, EDF investit dans la R&D de technologies sobres en eau, en mobilisant des jumeaux numériques, des modèles hydrométéorologiques et des capteurs pour optimiser la gestion des ressources.
Ces initiatives montrent à quel point les technologies numériques, la data et l’IT sont des leviers structurants de transformation pour le secteur de l’énergie.
Le secteur de l’énergie français se trouve à la croisée des chemins. Héritier d’un modèle fondé sur le nucléaire, largement décarboné mais fragilisé par des décennies de gouvernance énergétique instable et de décisions fragmentées, il doit aujourd’hui répondre à des enjeux systémiques de souveraineté, de sécurité d’approvisionnement et de compétitivité. Dans ce contexte, la transition énergétique ne peut plus être théorique : elle s’incarne déjà dans des chantiers concrets portés par les grands acteurs, au premier rang desquels EDF. Relance du nucléaire, déploiement accéléré des énergies renouvelables, pilotage de la consommation, rénovation des infrastructures : les actions se multiplient à tous les niveaux. Mais cette transformation ne pourra réussir sans une mobilisation forte de l’IT et du digital. Des compteurs intelligents à la modélisation des réseaux, des plateformes de sobriété à la gestion temps réel de l’intermittence, les technologies numériques sont devenues des composants essentiels du nouveau système énergétique. Elles permettent non seulement de piloter la complexité croissante du réseau, mais aussi d’impliquer les consommateurs dans une dynamique collective de transition. Car l’énergie de demain sera aussi, fondamentalement, une affaire de data.